Budget : trouver 40 milliards d’euros sans faire payer ceux qui ont peu

Budget : trouver 40 milliards d’euros sans faire payer ceux qui ont peu

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Résumé

Cette étude présente une série de mesures budgétaires qui permettent de dégager 40,6 milliards d’euros en 2029, sans détériorer le niveau de vie de la majorité de la population. Cet argent pourrait servir à résorber une partie du déficit, à financer de nouvelles politiques ou à se passer d’une série de réformes qui vont détériorer le niveau de vie de la population.

INtroduction

Face aux débats budgétaires récurrents, cet article vise à proposer des mesures susceptibles de réduire fortement le déficit public, tout en augmentant l’équité du système fiscal et social belge. Nous montrons qu’il est possible de dégager près de 40 milliards d’euros en 2029 en faisant contribuer davantage les épaules les plus larges et en limitant des dépenses économiquement ou environnementalement inefficaces, sans détériorer le niveau de vie de la majorité de la population.

Notre but est de montrer qu’une autre voie de réduction du déficit est possible. Pour une discussion critique sur la nécessité de réduire le déficit public, nous renvoyons à d’autres articles sur le sujet : Lebeau, et al., 2025 et Van Doorslaer, 2025.

Nos propositions reposent sur deux constats. Premièrement, l’impôt en Belgique est régressif : plus on a de l’argent, plus on paye un taux d’imposition bas. Dans leur livre Inégalités en Belgique, un paradoxe ?, l’équipe d’André Decoster (2024) montre qu’un belge moyen paie 42% d’impôts et de taxe sur l’ensemble de ses revenus, alors que le top 1% des plus fortunés ne paye qu’un taux effectif de 24%. Cela vient du fait que l’architecture fiscale permet aux plus fortunés d’éviter certains impôts et que les revenus issus du capital (dividendes, loyers, plus-value sur action, etc.) sont peu taxés en Belgique. Une partie des mesures que nous proposons vient corriger cette distorsion.

Deuxièmement, une partie significative des déficits budgétaires proviennent de l’érosion des recettes de l’État et de la sécurité sociale. Ainsi, en 2024, elles avaient diminué de 17,6 milliards par rapport à 2014, toutes choses égales par ailleurs (Somers, 2025). Les mesures annoncées par le gouvernement Arizona devraient amputer à nouveau les recettes fiscales de l’État de 8 milliards d’euros par an dès 2029. Parmi ces baisses de recettes, une majorité proviennent de la hausse non conditionnée d’aides aux entreprises privées, qui ont fortement augmenté ces dernières années (Van Tichelen et al., 2025 et Godefroid et al., 2025). Nos propositions visent à limiter certaines de ces mesures, qui sont jugées inefficaces dans la littérature scientifique.

Propositions budgétaires

Le tableau ci-dessous liste différentes propositions budgétaires pour le niveau fédéral et le montant qu’elles devraient rapporter en milliard d’euros. Ensemble, elles permettent de dégager 40,6 milliards d’euros en 2029. Cet argent pourrait servir à résorber une partie du déficit (celui-ci devrait encore être réduit de 8 milliards en 2029 pour respecter les normes européennes), à abroger certaines mesures décidées par le gouvernement Arizona ou à financer de nouvelles politiques.

Il s’agit d’un tableau indicatif. Il est bien sûr possible de ne sélectionner qu’une partie de ces mesures (par exemple, la taxation sur le patrimoine ou la globalisation des revenus) ou de modifier leurs modalités, selon les préférences de ceux qui veulent les voir appliquer.

Un détail des mesures proposées et des méthodes de calculs est disponible en annexe. Notons que les effets dynamiques directs des différentes mesures ont déjà été pris en compte. Par exemple, en cas de mise en place d’une imposition des hauts patrimoines, certains individus vont possiblement quitter la Belgique ou restructurer leur portefeuille afin d’éviter une partie de l’impôt. Ce type d’effet comportemental est déjà pris en compte dans le tableau et les montants qui y figurent sont nets de ceux-ci. Par contre, des effets plus indirects ou macro-économiques n’ont pas été pris en compte. Par exemple, le fait qu’une imposition des hauts patrimoines incite ceux qui en sont la cible à investir leur patrimoine de manière plus productive, ce qui peut accroître la croissance économique et les recettes fiscales. Ces effets de second ordre ne sont pas inclus dans le tableau car ils n’ont pas été calculés pour toutes les mesures.

D’autres mesures auraient pu être incluses dans l’exercice : une lutte accrue contre l’évasion fiscale, la fraude fiscale ou contre les sociétés de management ; une limitation plus poussée de certains subsides salariaux, un relèvement des cotisations sociales sur les jobs d’étudiants, les flexi-jobs ou sur d’autres avantages extralégaux que les voitures de société ; une hausse de l’impôt des sociétés ou des cotisations sociales patronales. Celles-ci n’ont pas été intégrées essentiellement parce qu’il n’existe pas d’évaluation rigoureuse publiquement disponible de leur impact sur les recettes publiques.

Qui paye les économies budgétaires ?

Parmi les mesures du tableau 1, 58 % de l’effort budgétaire provient d’une hausse des recettes fiscales, supportées principalement par les épaules les plus larges, 18 % de la réduction de certaines niches fiscales, et 24 % de la réduction de certaines dépenses publiques (affectant principalement les dépenses militaires et les subsides aux énergies fossiles). Nos propositions visent ainsi à améliorer l’équité et l’efficacité de notre système fiscal, sans détériorer le niveau de vie de la majorité de la population.

Cela contraste avec les choix du gouvernement Arizona, dont l’effort porte principalement sur la sécurité sociale (47%) : pensions (10%), santé (5%), chômage et maladie longue durée (18%), enveloppe bien-être et aides sociales (13%). L’effort porte ensuite sur l’administration et les services publics (17%). Les épaules les plus larges ne contribuent qu’à hauteur de 7 %. Notons que dans le budget Arizona, ces mesures d’économie ne visent pas uniquement à réduire le déficit, mais aussi à financer de nouvelles dépenses.

Conclusions

Les montants qu’il est possible de dégager montrent qu’il est possible de se passer d’une série de réformes qui vont détériorer le niveau de vie de la population. A titre d’exemple, les réformes des pensions et du chômage visent à économiser respectivement 2,4 et 1,9 milliards d’euros en 2029, ce qui peut être comblé via d’autres mesures socialement moins douloureuses. Avec les moyens dégagés, d’autres politiques pourraient également être financées, telles que de meilleurs services publics (crèches, écoles et transports publics par exemple), une revalorisation de certains métiers du care ou de l’enseignement, ou une augmentation des investissements publics dans la transition écologique. Il n’y a pas de fatalité, la politique budgétaire menée est un choix politique.

Références

Comité de Monitoring (2025), ‘Actualisatie 2025. Raming 2026. Meerjarenraming 2027-2030.’ BOSA SPF Stratégie & Appui. 10 juillet 2025.

Comité de Monitoring (2025), ‘Actualisatie 2025-2030.’ BOSA SPF Stratégie & Appui. 22 septembre 2025.

Cour des comptes (2025), ‘Commentaar en opmerkingen bij de ontwerpen van staatsbegroting voor het begrotingsjaar 2025.’ Doc 56 0853/004.

Cours des comptes (2025), ‘Recours à la consultance par l’Etat fédéral. Missions de conseil ou de soutien opérationnel, en ce compris la mise à disposition de personnel.’ Rapport de la Cour des comptes transmis à la Chambre des représentants, octobre 2025.

Decoster, A., Decancq, K., De Rock, B., & Gobbi, P. (2024), Inégalités en Belgique, un paradoxe ? Louvain: Racine.

Godefroid, H., Melyn, W., Roelandt, T., Stinglhamber, P. & Van Parys, S. (2025), ‘Are government subsidies and investment grants to enterprises higher in Belgium?’ NBB Economic Review, 9.

Haulotte, S., Traversa, J-B. & Soete, J. (2025). ‘Inventaire fédéral des subventions aux énergies fossiles.’ Rapport.

Lebeau, E., Van Doorslaer, H. & Lambert, L. (2024), ‘Construire l’austérité : le modèle DSA de la commission européenne.’ Les notes d’Econosphères. Note 2.

Toniotti, M. (2024), ‘Que rapporterait une taxe sur le patrimoine en Belgique?’ Regards Economiques. 184.

Peeters, H. & Schols, J. (2021), ‘Belastinguitgaven voor tweedepijlerpensioenen in België.’ Bureau Fédéral du Plan. Working Paper 3-21.

Somers, M. (2025), ‘Recettes en baisse, déficits en hausse : les revenus de l’État et de la sécurité sociale entre 2014-2029.’ Minerva Paper 2025/11-update.

Van Doorslaer, H. (2025), ‘Crime (dette d’État) et châtiment : mythes modernes sur les dépenses publiques et les déficits budgétaires.’ Minerva Paper 2025/09.

Van Tichelen, C., Bauraind, B. & Franco, S. (2025), ‘« Un pognon de dingue », le soutien public aux entreprises privées lucratives en Belgique.’ Les notes éconosphères.

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